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Les sens de la vie...

Publié le par Sophie Assimans

Les sens de la vie...
Les sens de la vie...

J'ai accompagné bon nombre de familles dans la maladie, jusqu'à la mort...

Mais ce n'est pas le nombre qui fait l'expérience...

A 20 ans, j'étais infirmière, fille, enfant, le patient était mon papa...

Seuls ma maman et mon futur mari ont pu percevoir la complexité de la situation...

Papa s'adressait à  la professionnelle, "la soignante",  la famille voyait l'enfant... Il est parti en laissant un grand vide... Pour la famille, je crois que la petite fille n'a plus grandi... Alors, c'est l'infirmière qui a construit sa vie... j'ai puisé ma force dans ce que papa m'a appris, comme tous mes patients en fin de vie...

J'ai découvert en chacun d'eux les phases qui amènent à "l'acceptation" de la maladie et surtout vers la raison, l'altruisme, la simplicité  avant que sonne le glas... Quels que soient leurs chemins de vie, ils finissent tous par voir ce qui est essentiel à la paix de chacun...

J'ai vu une maman transmettre cette paix, j'ai vu ses filles la recevoir et l'accepter... L'infirmière, la fille, l'enfant et ce jour-là femme et maman avait entendu ce qui était important...

C'est auprès de chaque membre de la famille, auprès de chaque proche, auprès de chaque individu qu'il nous reste un travail important à faire...Le mourant n'a pas le choix mais il souffrira de voir ce que ses proches n'acceptent pas... A cet instant, pardon du raccourci, ce n'est pas l'altruisme qui anime les proches. Affronter la réalité, parler de l'inéluctable... Chacun balaye le sujet selon sa sensibilité... Le sujet est difficile voir tabou...

Peut-être même serais-je un monstre d'oser vous  l'exposer ainsi ?

 Pourtant des questions s'échappent parfois... Est-ce que cela fait mal de mourir ?... Mais cela effraie surtout les bien portants ...

Aider, s'enquérir du bien-être physique de l'autre est une chose, l'aider psychologiquement demande une force impalpable... Il faut pouvoir se surpasser soi-même  ou nous ne pourrons que surcharger l'autre de nos propres peurs...

Mais comment faire quand on évolue dans une société ou le seul mot de "mort" est tabou.

On ne doit pas en parler aux enfants, on ne doit pas en parler aux malades...

Qui a osé susurrer cette idée ?!? Nous allons tous mourir un jour !!!

On se prive  de voir des personnes qu'on aime pour mille raisons...

On s'éloigne volontiers des personnes qui nous dérangent pour mille raisons mais quand s'approche le trépas, on oublie tous nos principes et nos "lois"…

Trêve éphémère d'un deuil qui rappelle à chacun qu'il n'est pas immortel...

Le chagrin est sincère, la souffrance profonde, l'absence dérangeante avant que la raison et la routine ne se glissent à nouveau dans nos chaussons…

Difficile de gérer ses sentiments de colère, d'injustice ou de culpabilité…

Difficile d'avoir l'humilité d'accepter que demain, peut-être, ce sera  vous ou moi qui allongerons la liste de nos chers disparus…

Je n'ai pas plus envie que vous de mourir mais un jour la faucheuse viendra et jusqu'à ce moment je serai responsable de mes choix.

Je veux parler de ce que la vie m'a appris, de ce que les mourants m'ont montré…

Je ne veux pas craindre la mort, ce serait craindre de vivre…

Je n'ai pas peur des mourants, c'est le comportement des vivants qui  m'inquiète…

Je n'en ai pas moins de peine quand je perds un proche…

Je pense aujourd'hui à une maman qui a perdu son enfant…

Je pense à des enfants qui ont perdu leur papa…

Je pense à toutes ses personnes qui ont perdu un compagnon, un frère, un oncle, un ami…

Parler de ce qui dérange tant qu'il est encore temps…

Se soulager des fardeaux qui nous pèsent…

Dissiper l'ombre qui rode…

Superstitieux ? Vous ne changerez rien à votre destinée…

Nous avons tous le choix de rompre le carcan d'une culture qui nous oppresse tant…

Des familles entières sont détruites par les non-dits, les tabous, les frustrations, les jalousies…

La sincérité, l'honnêteté… déplaisent car elles blessent les égos disproportionnés…

Avec un peu de respect, d'écoute, de dialogue et surtout de travail sur soi, nous allègerions nos vies…

Mais , voilà, la surdité de la mort nous laisse muets !!!

Chacun gère son chagrin comme il peut, seul... Malgré le monde qui l'entoure...

Autisme, mutisme, logorrhée...douceur, colère, empathie ou agressivité... Le pire comme le meilleur de nous peut ressortir dans les interactions sociales du moment...

A quoi bon parler à nos morts si on s'est tût de leur vivant ?

Chacun est dans son droit, chacun est dans sa peine…

Ce que je veux  garder, ce sont les meilleurs moments…

Aujourd'hui, mon mari et ma fille sont les seuls garants des "formalités" de ma dernière révérence…

Ils ont mon respect, ma confiance, mon amour car aucune barrière, aucun tabou, aucun non-dit n'entrave notre vie.

Nous nous écoutons, nous nous bousculons, nous nous blessons parfois

 mais nous nous comprenons et nous pardonnons…

 Nous nous respectons parce que nous nous aimons, simplement !

Voilà ce que je veux dire à ceux qui comptent pour moi…

Ainsi, en grande bavarde que je suis, je continuerai à  m'interroger, exprimer des idées, bousculer des tabous avant de vous laisser le dernier mot pour déformer mes propos...

Les sens de la vie...
Alors je vous le dis, aujourd'hui...

Alors je vous le dis, aujourd'hui...

Les sens de la vie...
Les sens de la vie...

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